Waaw, kii moom, ndax gor la ! Par Mody Niang | La Depeche du jour

Waaw, kii moom, ndax gor la ! Par Mody Niang

Waaw, kii moom, ndax gor la ! Par Mody Niang

Oui, je me suis posé plusieurs fois cette question, exprimée en langue walaf et titre de ce texte. Oui, je me la pose encore aujourd’hui, après ses « révélations » de ces derniers jours, qui lui ont valu de presque partout une volée de bois verts : « Me Ousmane Ngom est-il un gor, a-t-il vraiment le sens de l’honneur et de la dignité ? » Sans doute, connaissant assez bien la trajectoire politique de l’homme, ai-je une idée sur la réponse à cette question. Je souhaiterais faire un rappel de cette trajectoire tortueuse, pour permettre à mes compatriotes de répondre à ladite question.

Auparavant, Je donnerai mon point de vue sur ses fameuses « révélations » qui soulèvent quand même des questions : pourquoi l’homme a-t-il attendu quatre ans et demi après pour faire ces « révélations » qui n’ont vraiment aucun intérêt pour le Sénégal et les Sénégalais ? Me Wade serait-il à ce point attaché au pouvoir qu’il décide de le confisquer alors que, le 25 mars 2012 à vingt heures, tout le Sénégal, toute la Communauté internationale savait que les carottes étaient déjà cuites ?

Avec quels moyens arriverait-il à ses fins si, toutefois, telle était sa volonté ? Aucun, à mon sens et Me Wade était quand même suffisamment intelligent pour comprendre que, depuis la mise en œuvre du Code électoral consensuel de 1992, on ne peut plus confisquer un pouvoir démocratiquement perdu au Sénégal. Abdou Diouf le comprenait tout aussi bien au soir du 19 mars 2000 : personne ne pouvait l’embarquer dans une aventure de confiscation d’un pouvoir perdu. Même pas quelques faucons socialistes qui, semble-t-il, ont tenté le coup. Un autre faucon, celui-là de l’entourage de Me Wade, Serigne Mbacké Ndiaye plus exactement, s’est essayé, naturellement sans succès, à ce sot exercice, en déclarant subrepticement la victoire de son mentor au soir du 25 mars 2012.

Les « révélations » de Me Ousmane Ngom – pour revenir à lui –, n’ont donc aucun sens, aucun intérêt, sinon pour lui-même qui pense sûrement, par ce biais, faire plaisir au Président de la République et consolider sa place à ses côtés. Il faut qu’il vive, il ne peut plus se passer de l’oxygène du pouvoir. C’est pourquoi il est prêt à se livrer toutes les compromissions, à tous les reniements. Il constitue véritablement un cas, que notre compatriote Papa Samb a d’ailleurs abondamment expliqué dans son excellente contribution publiée à la page « Opinions et Débats » du journal Le Quotidien du 07 octobre 2016. Notre texte s’inscrit exactement dans la même perspective complétant, chemin faisant, et par endroit, celui de notre brillant compatriote qui n’y verra sûrement aucun inconvénient.

Je prendrai pour point de départ le réveil particulièrement brutal de Me Ngom, à l’aube du lundi 20 mars 2000, quand il s’est rendu alors compte que la défaite de son candidat (Abdou Diouf) ne faisait plus l’ombre d’aucun doute. Le 1er avril 2000, il a observé de loin, et sûrement avec beaucoup de regret et d’amertume, l’installation officielle du vainqueur, Me Abdoulaye Wade. Pendant les quatre longues années qui ont suivi, il a broyé du noir, rasé les murs et tiré désespérément le diable par la queue. Les gens qui le connaissaient de près disaient de lui qu’il ne tenait plus le coup et perdait manifestement de sa superbe. Les plus méchants avançaient même qu’il maigrissait terriblement. N’en pouvant alors vraiment plus, il a commencé à manœuvrer et à grenouiller pour se faire pardonner et retrouver la place qu’il n’aurait jamais dû quitter. A force d’acrobaties, il y réussit et regagna « la maison du père », au moment où son pire frère ennemi (Idrissa Seck) la quittait, le 21 avril 2004.

On connaît la suite : bien incrusté dans le système libéral et ayant désormais son passé lourd et compromettant derrière lui, il devenait particulièrement arrogant et injurieux vis-à-vis de l’opposition pour laquelle il n’avait plus aucun respect. A l’image de son maître, il nous tenait dans le mépris le plus total et considérait que nous n’avions pas de mémoire.

Ainsi, on l’entendait, à l’occasion de nombreuses sorties, notamment au cours du débat organisé par la télévision « nationale » le 31 décembre 2009, après le message à la Nation du Président de la République, avancer des contrevérités et charger sans ménagement les Socialistes.

Il se comportera de la même manière au cours d’un autre débat sur le bilan des dix ans de l’alternance. « Avec les Socialistes, c’était l’immobilisme. Quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous avons trouvé des terres en friche », lançait-il, condescendant. Le pouvoir et ses délices corrompent et rendent vraiment fou !

« Quand nous sommes arrivés au pouvoir ! » Qui nous ? Avait-il oublié que, le 19 mars 2000, il a voté et appelé à voter en faveur du candidat Diouf, dont il était l’un des porte-parole lors de la campagne électorale ! « Nous avons trouvé des terres en friche », poursuivait-il ! Mais, il n’était point de la partie !

L’avait-t-il déjà oublié ? Donc, aveu de taille, le 19 mars 2000, son vote s’était porté sur le candidat qui incarnait « l’immobilisme » et les « terres en friche », Abdou Diouf. Apparemment, il oublie tout ou pense, comme son ancien maître (Wade), que nous sommes amnésiques. Administrons-lui quand même la preuve qu’il n’en est rien, et rappelons-lui son passé peu valorisant qui va du 18 juin 1998 au 19 mars 2000 !

Nous nous souvenons qu’après les élections législatives du 24 mai 1998, Me Ousmane Ngom, qui dirigeait la liste départementale (Pds) de Saint-Louis, a été battu à plate couture. Ayant mal supporté sa défaite et reprochant vivement à Me Wade « sa gestion antidémocratique du Pds et la manière dont les investitures avaient été menées » (il aurait souhaité être sur la liste proportionnelle plus sécurisante), il rompit les amarres avec ce parti et son chef, après un compagnonnage de plus de 20 ans. Il péta d’ailleurs carrément les plombs et adressa à Me Wade un véritable brûlot qui, semble-t-il, l’avait beaucoup affecté.

Dans cette lettre incendiaire, Me Ngom écrivait notamment : « Vous pensez pouvoir toujours, par la ruse, dérouter et déstabiliser vos interlocuteurs(…). Mais cette fois-ci, la ficelle est trop grosse et la manœuvre ne passera pas. » Au fur et à mesure, le ton montait et devenait plus fielleux encore. « Vous parlez comme un démocrate et vous agissez comme monarque », lui assénait alors Me Ngom qui poursuivait, avec cette terrible confession, qui soulève encore bien des questions aujourd’hui :

« Avec vous, après vingt quatre ans sous votre ombre, j’aurais appris beaucoup de choses qu’un homme doit faire ; mais aussi trop de choses qu’un homme ne doit pas faire. C’est pourquoi je reprends ma liberté et je demande pardon à Dieu. »

En conclusion de sa lettre incendiaire, Me Ngom évoquait la succession au sein du Pds sous la forme d’une invite à méditer l’anecdote relative à Nietzche qui, « au soir de sa vie, (réunit) ses disciples pour leur demander de brûler tous ses livres. » Le philosophe allemand expliquait ainsi sa demande : « Mon vœu le plus ardent est que mes disciples me dépassent plutôt que de replonger en permanence dans mon œuvre. » Il continuera de plus belle ses sarcasmes contre son ancien mentor qui était, naturellement, en tout différent de Nietzche.

Sans doute, n’avait-il pas tout à fait fort si on considère que, à près de 92 ans, il se prend encore pour la seule constante du PDS qui l’accepte. Bref, le spécialiste du reniement créera son parti, le Parti libéral sénégalais (le PLS), le 18 juin 1998. Il ne ménagera alors plus aucun effort et s’investira à fond dans les différentes entreprises menées pour empêcher Me Wade d’accéder à la magistrature suprême.

Dans sa croisade féroce contre celui qui était devenu désormais l’ennemi à abattre, il se retrouvait avec deux anciennes connaissances, Jean Paul Dias et le Pr Serigne Diop, qui avaient eux aussi quitté « la maison du père » et créé leurs propres partis, respectivement le Bloc des Centristes Gaïndé et le Pds-Rénovation. Pour une raison ou pour une autre, tous les trois en voulaient particulièrement à leur ancien mentor.

A quelques encablures de la déterminante élection présidentielle du 27 février 2000, ils portèrent sur les fonts baptismaux la fameuse « Convergence patriotique », et rivalisèrent d’ardeur à critiquer régulièrement et sévèrement Me Wade, confortant ainsi notablement les Socialistes, dans leur volonté alors farouche de diaboliser celui qui était considéré comme leur principal adversaire.

Les trois compères franchirent finalement le Rubicon et apportèrent publiquement, à un peu moins de trois mois de l’important scrutin présidentiel de l’an 2000, leur soutien sans faille au candidat sortant Abdou Diouf. Le samedi 18 décembre 1999, ils réunirent ce qu’ils appelaient alors la convention nationale d’investiture de la «Convergence patriotique». Dans la déclaration-résolution qui sanctionnait les travaux de ladite convention, les trois acolytes déclaraient sans état d’âme :

« Vu la menace que représente l’ascension au pouvoir d’hommes caractérisés par une ambition personnelle manifeste de gouverner, le peuple sénégalais doit refuser les promesses irréalisables et démagogiques de ces marchands d’illusion ». La même résolution poursuivait son sévère réquisitoire contre Me Wade en ces termes :

« Convaincus de la menace que représenterait pour notre patrie l’ascension au pouvoir d’hommes caractérisés par une ambition personnelle qui a fini de les aveugler, une incapacité et une inconséquence avérées dans le comportement, les militants et les militantes du PDS-R, du BCG et du PLS ont décidé d’investir le candidat Abdou Diouf» (Le Soleil du 20 décembre 1999). La résolution se fit plus explicite et plus dévastatrice encore. Elle martela :

« Après avoir reconnu avoir combattu ouvertement Diouf et à visage découvert, nous nous sommes rendu compte que ceux en faveur de qui nous nous mobilisions ne le méritaient pas. Alors, nous avons marché sur notre orgueil pour converger vers la patrie. » Ils exprimèrent ensuite leur refus catégorique de continuer de cheminer avec cet homme (Me Wade) caractérisé « par une ambition personnelle qui a fini de l’aveugler, une incapacité et une inconséquence avérées dans le comportement ».

Nos trois « mousquetaires » investirent donc le candidat Abdou Diouf et se lancèrent avec lui dans la conquête du Palais de l’avenue Léopold-Sédar-Senghor. Me Ousmane Ngom, en particulier, se distinguait dans ses attaques en règle contre Me Wade, candidat de laCoalition Alternance 2000 (Ca 2000). Nous nous souvenons encore comme si c’était hier, de cette fameuse jonction, qui a eu lieu devant la RTS, entre le cortège du candidat Diouf et celui de la « Convergence patriotique ».

On était alors en pleine campagne pour l’élection présidentielle cruciale de l’an 2000. Nos mémoires sont encore fraîches de ce spectacle émouvant d’un Me Ousmane Ngom se jetant en pleurs comme un enfant dans les grands bras de son « candidat de l’avenir au soir de sa carrière » (l’expression est de lui-même). Reprenant ses esprits après quelques tapotements de son candidat lui-même au bord des larmes, Me Ngom s’exclama, joignant le geste à la parole : « Abdu ca kanam !» Ce qui signifie : « En avant Abdou pour la victoire ! »

Rappelons quand même que Me Ngom avait jeté le discrédit et dirigé sur Me Wade tous les soupçons, en confessant que ce dernier lui avait appris tout ce qu’un homme devait savoir, mais également ce qu’il ne devait jamais faire, apportant ainsi délibérément et abondamment d’eau dans le moulin des adversaires les plus irréductibles du « Pape » du SOPI, qui l’accusaient alors de tous les pêchés d’Israël, y compris d’être partie prenante dans l’ignoble assassinat du juge Babacar Sèye, en mai 1993.

Me Ngom n’avait pas manqué non plus de tirer à feux particulièrement nourris sur Me Wade, suite à ses fameuses déclarations de Paris considérées, à l’époque, comme un appel à l’armée. Il était alors en tournée politique dans la Région de Ziguinchor. Il qualifia sans ambages et sans précaution l’appel de Me Wade de subversif. « Ce qui, précisa-t-il, au regard de la constitution, de nos lois, est un délit grave ». Et il enfoncera le clou en ajoutant ceci : « Ce qui est sûr, c’est qu’il ne restera pas impuni ».

Me Ngom ne ménageait donc pas le moins du monde le principal adversaire du candidat Diouf. Toutes les occasions étaient bonnes pour tirer à boulées rouges sur lui et s’incruster ainsi dans les bonnes grâces de son « candidat de l’avenir au soir de sa carrière ». Il poussera le bouchon jusqu’à cette terrible affirmation : « Il est préférable de confier les destinées du pays à un mouton plutôt qu’à Me Wade. » On le constate donc, Me Ousmane Ngom avait tout mis en œuvre pour barrer à son ancien compagnon la route vers la Présidence de la République. On connaît la suite : Me Wade est malgré tout élu le 19 mars 2000.

Me Ngom commença donc sa traversée du désert, nous l’avons rappelé plus haut. Mais le désert est vaste, sec, chaud et inhospitalier. Il faut beaucoup de courage pour en supporter les affres. Or, Me Ngom n’en a manifestement pas. Il ne tarda donc pas à prendre sa décision : retourner sur ses pas et, toute honte bue, emprunter le chemin qui menait vers la maison de l’ex-père, qui tenait fermement entre ses mains, depuis le 1er avril 2000, la clé qui ouvre la porte des « délices » du pouvoir.

Il commença, sans état d’âme, à fréquenter assidument les plateaux de télévision, pour faire oublier son passé et retrouver les bonnes grâces de l’homme qui ne serait jamais devenu Président de la République, si ses vœux avaient été exaucés. Alors, son ancien compagnon qui valait moins qu’un mouton avant le 19 mars 2000, allait devenir presque un Dieu, qui réussissait tout ce qu’il entreprenait. Il peignait autrement l’homme qui « parlait en démocrate et agissait en monarque », le « marchand d’illusion » d’hier, qui « (pensait) pouvoir toujours, par la ruse, dérouter et déstabiliser (ses) interlocuteurs », et enseignait « trop de choses qu’un homme ne doit pas faire ».

Voici, en quels termes fort élogieux, celui qui était parvenu entretemps à devenir Ministre du Commerce (le 4 juillet 2004) puis de l’Intérieur en novembre de la même année s’exprimait :

« Lorsque j’ai vu le majestueux bateau Aline Sitoé Jaata, je pensais que le père Noël était arrivé beaucoup trop tôt. Et que je vois le maire de Dakar et le secrétaire exécutif de l’Anoci Abdoulaye Baldé, traverser le tunnel de Soumbédioune, je me suis dit que le père Noël était apparu au grand jour. Mais quand j’ai vu arriver les nouveaux passeports à puces numérisées, j’ai eu la certitude que le père Noël était réel, qu’il était en chair et en os et a pris les traits et le visage d’un homme. Et c’est Me Abdoulaye Wade. » (Walf’Grand-Place du 28 décembre 2007).

Propos vraiment dignes du courtisan, du traitre repenti qu’il est. Propos indignes d’un ministre de la République.

En tout cas l’homme était parvenu à ses fins : il avait retrouvé sa place auprès du « père ». Il restera Ministre de l’Intérieur jusqu’au 25 mars 2012, jour de la défaite sans équivoque de celui qui allait redevenir rapidement son ex-mentor. Une nouvelle ère compliquée s’ouvrait encore devant lui.

Ere d’autant plus compliquée qu’il allait être poursuivi dans le cadre la « Traque des biens mal acquis ». Dès les premiers mois de la gouvernance de Macky Sall, il sera la cible des « Apéristes », soucieux certainement de se venger des misères qu’il a fait subir à leur mentor pendant sa traversée du désert. Il réagira violemment à ces attaques, en traitant le nouveau Président de la République et son Premier Ministre d’alors de « grands bandits et de délinquants financiers ».

Malmené plus tard dans le cadre de la « Traque des biens mal acquis », il déclarera se retrouver, avec sa famille, « dans une prison à ciel ouvert ». Pourtant, il se tirera miraculeusement d’affaire et rejoindra le Président Macky Sall qui l’attendait à bras ouverts. Dans la dernière partie de son excellente contribution du vendredi 7 octobre (citée plus haut), notre compatriote Papa Samb nous a expliqué comment les deux compères se sont rapprochés. Le lecteur intéressé peut s’y reporter. Il ne le regrettera sûrement pas.

La réponse à la question posée dès le début de cette contribution est sans équivoque, de mon point de vue tout au moins. Elle a été clairement exprimée tout au long de ce texte. Mais, par-delà cette réponse presque évidente, ce qui pose encore plus problème, c’est l’empressement avec lequel le Président de la République a récupéré ce personnage tortueux, sulfureux et très controversé. Ce personnage pour qui l’honneur et la dignité n’ont plus aucun de sens.

Même si nous connaissons le penchant irrésistible du Président de l’APR à recourir sans état d’âme à la détestable transhumance, nous comprenons difficilement l’attrait qu’exerce sur lui cet homme qui a moralement et politiquement tout perdu. Peut-être que, comme ancien Ministre de l’Intérieur, il en sait un peu trop sur lui ! Ne l’accusait-il pas déjà de « grand banditisme et de délinquance financière » ? Le très vertueux Président de la République du Sénégal est en tout cas coutumier de tels faits. Nous nous souvenons, en effet, que c’est lui-même qui a fait le déplacement pour aller débaucher jusque chez lui un autre nauséabond transhumant : Djibo Leïty Ka, dont la tortuosité fera l’objet d’une toute prochaine contribution. C’est, du moins, ce qui nous a été annoncé.

Dakar, le 10 octobre 2016

Mody Niang

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