Prêtres pédophiles : l’Eglise demande pardon | La Depeche du jour

Prêtres pédophiles : l’Eglise demande pardon

Prêtres pédophiles : l’Eglise demande pardon

Ce lundi, pour la première fois en France, l’Eglise organise des messes de repentance à la suite des actes de pédophilie commis par des prêtres. Antoine, une des victimes, estime que ce n’est pas suffisant.

Ils seront des milliers, évêques, curés et fidèles, à prier aujourd’hui pour les victimes d’abus sexuels commis par le clergé et leur demanderont pardon. Une première dans notre pays qui fait suite à l’appel universel du pape François et qui est relayée par la Conférence des évêques de France (CEF).

Pour Antoine, qui a été la proie d’un prêtre déviant dans les années 1980, tout comme d’autres membres de sa famille, il s’agit là d’une « belle idée », d’un « bon début ».

« J’en suis personnellement touché. Car je suis resté, malgré tout, chrétien. Et je pratique encore. Je crois à la force de la prière. Mais je crois à la prière sans cesse. Ce qui veut dire que si on ne fait ce type d’initiative qu’une fois, cela aura servi à quoi ? Il est rare que le pédophile, lui, n’agisse qu’une fois », prévient ce quadragénaire francilien. Pour ne pas que la flamme s’éteigne, il propose donc que chaque dernier vendredi du mois donne lieu à de nouvelles prières « en signe de réparation » et que le jour des Saints-Innocents, le 28 décembre, soit consacré aux victimes d’actes pédophiles. « Il faut que les évêques prennent toutes leurs responsabilités pour condamner sans cesse les prêtres pédophiles mais aussi pour soigner et réparer les dommages commis », martèle-t-il.

A l’instar d’autres personnes abusées par des ecclésiastiques, il regrette de ne pas avoir été invité ce lundi, en tant que victime, à une célébration. « J’aurais aimé être associé à cette journée de prières pour pouvoir témoigner de ma souffrance. L’Eglise n’est pas allée jusqu’au bout de la démarche, c’est comme si elle auscultait un patient sans lui demander où il a mal », compare-t-il. Contrairement à la plupart des victimes de curés « diaboliques », lui a « gardé la foi ». Mais il a décidé de s’engager dans la lutte contre la pédophilie au sein de l’Eglise, refusant de « subir le silence ».

Un loup dans la bergerie

Ces dernières semaines, il a écrit, par courriel, à des dizaines d’évêques pour savoir ce qu’ils avaient mis concrètement en place sur leurs terres pour briser l’omerta. Il a commencé par se présenter comme un simple baptisé avant de répéter la démarche en déclinant, cette fois, son statut de victime. « Je n’ai reçu que sept réponses. Il y a toujours une crainte, une peur par rapport à ce dossier sensible », observe-t-il.

Même s’il sait que les faits risquent d’être prescrits, l’ancien enfant de chœur a écrit au procureur de la République pour dénoncer les « perversions » perpétrées il y a trois décennies par cet abbé qui lui demandait de le fouetter avec un ceinturon ou de se déshabiller. Il a été auditionné récemment par la police.

Il veut aussi comprendre pourquoi son agresseur qui, dans une autre affaire, a été reconnu coupable de violence sur personne vulnérable et condamné en 2006 à deux ans de prison avec sursis, n’a pas été écarté par son institution. Le sexagénaire a été déplacé dans un autre diocèse en 2008, affecté à la « chancellerie », les services administratifs de l’évêché. S’il n’est plus en charge d’une paroisse, il continue de célébrer des messes au sein d’une communauté religieuse. Antoine, qui redoute que ce « loup dans la bergerie » puisse « encore être nuisible », estime qu’il doit être « mis hors d’état de nuire ». Il souhaite qu’il soit jugé par l’Eglise, qu’un procès canonique soit ouvert au Vatican. Il vient ainsi d’adresser un courrier au préfet de la Congrégation de la doctrine pour la foi, qui instruit ce type d’enquête à Rome, lui demandant de rechercher « toute la vérité ».

Reagissez à cet article

Your email address will not be published.