Marche de l’opposition : Une manifestation réprimée dans le sang | La Depeche du jour

Marche de l’opposition : Une manifestation réprimée dans le sang

Marche de l’opposition : Une manifestation réprimée dans le sang

Les autorités avaient prévenu que l’itinéraire que voulait emprunter l’opposition n’était pas autorisé. Conséquence : la marche a été tout bonnement annulée par la police à coup de gaz lacrymogènes et par des arrestations. Comme des enfants avec leurs jouets, les policiers ont usé et abusé des grenades lacrymogènes.

Bassirou Mbacké Diatta et Oulimata Kane, deux militants du Pds, ont voulu bravé l’interdiction de la police d’emprunter l’itinéraire prévu par Mankoo wattu Senegaal pour dénoncer «les dérives du pouvoir». M. Diatta a reçu un projectile sur la tête alors qu’il courait – et donc ne représentait plus de menace – se réfugier dans une ruelle jouxtant la Place de l’Obélisque. Oulimata Kane, le visage enflé, était clouée au lit, tout comme son camarade de parti, au centre de santé de Colobane. Mais à la différence de Bassirou, Oulimata ne se souvenait même pas de ce qui s’est passé, tétanisée qu’elle était par la douleur.
Le regard peiné, la jeune dame ne parvient que difficilement à placer un mot. Ses yeux disparaissaient dans un visage boursouflé. Ces deux-là ne sont pas les seules victimes de la répression policière d’hier. En effet, vers 15h, les personnalités politiques, chassées du rond-point de la Rts par le véhicule Dragon et une vingtaine de limiers harnachés comme s’ils s’apprêtaient à partir en guerre, ont été contraintes d’arpenter le boulevard du Centenaire pour gagner la Place de l’Obélisque. Arrivée à hauteur du siège de la Bceao, alors que les opposants en petits groupes marchaient à pas lents vers la Place de l’Obélisque en scandant «Macky a tué la démocratie», la police a tiré à coups de gaz lacrymogène sur la foule. Cela n’a pas freiné les ardeurs des manifestants qui ont rapidement changé de chemin.
C’est la demande de Barthélemy Dias, accompagné par un groupe de journalistes, qui a déclenché les hostilités. «S’il vous plaît messieurs, serait-il possible de passer par-là ?», a sollicité le député socialiste auprès des policiers qui se sont dressés en bouclier, fermant du coup l’accès à l’autre partie de la route, alors que derrière, le Dragon et son contingent d’agents fortement armés venant du côté de la Rts empêchaient de battre en retraite. A cette demande du député socialiste, la police n’usera pas de mots pour répondre. Elle enverra du gaz lacrymogène sur la foule qui s’est aussitôt dispersée. Pour gagner la Place de l’Obélisque où l’autorité avait demandé de commencer, il fallait emprunter les ruelles de Colobane afin d’éviter de croiser les Forces de l’ordre. Une fois sur les lieux, le dispositif sécuritaire empêche toute dérive. Sur chacun des 4 angles de la place, une voiture de la police veille au grain.
Les interviews accordées aux journalistes sont systématiquement sabotées par les Forces de l’ordre qui attendent le début du travail des hommes de média pour envoyer du gaz. Guy Marius Sagna, militant anti-Ape, et Samba Sarr du Pds ont été arrêtés par la police alors que le Pr Malick Ndiaye «égaliste», donnait une interview à 2 mètres d’une voiture de la police. Après lui avoir demandé d’emprunter la route qui mène au lycée Blaise Diagne – ce que le Pr Malick Ndiaye exécuta sans broncher en continuant à répondre aux sollicitations des journalistes – les limiers lui enverront à son tour du gaz. Certai­nement surpris par l’acte, l’universitaire restera à humer ce gaz jusqu’à ce que ses proches viennent l’en extirper. La police accompagnera de cette manière les manifestants jusqu’à Grand Dakar.
Les flics ont usé et abusé du gaz lacrymogène sur de pauvres personnes alors que les leaders, pour la plupart, ont préféré s’éclipser dès que les échauffourées ont commencé au rond-point de la Rts. Mamadou Diop Decroix et Oumar Sarr, en bons républicains, ont regagné les salles climatisées de l’Assemblée nationale, bien à l’abri, alors que leurs militants vivaient l’enfer. Ousmane Sonko, joint par téléphone, dira : «Je suis au siège de mon parti.» Abdoul Mbaye, pour sa part, aurait pris un taxi pour échapper au bruit, à la fumée et à l’odeur des grenades lacrymogènes. Malick Gackou n’est pas arrivé à la Place de l’Obélisque. Seuls Malick Ndiaye et Barthélemy Dias ont, comme les militants, respiré du gaz lacrymogène.

le Quotidien

Reagissez à cet article

Your email address will not be published.