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Alioune Mbaye Nder – ‘’Mes relations avec Wade, Macky et feu Mamadou Konté’’

Samedi 7 Janvier 2017

25 ans de carrière, ça se fête. Alioune Mbaye Nder l’a bien compris, lui qui a donné rendez-vous à ses fans ce 14 janvier au Grand-théâtre. Dans cet entretien accordé à EnQuête, il donne un avant-goût de ce que sera son spectacle. Et parle de ses relations avec feu Mamadou Konté, l’ancien président Abdoulaye Wade et l’actuel, Macky Sall.


Alioune Mbaye Nder – ‘’Mes relations avec Wade, Macky et feu Mamadou Konté’’
Qu’est-ce qui motive l’organisation de la soirée que vous comptez animer au Grand-théâtre le 14 janvier ?

Pour la première fois, mon orchestre et moi allons jouer au Grand-théâtre. C’est pour fêter mes 25 ans de carrière musicale. C’est très important pour moi. Cela représente un quart de siècle de ma vie. Je rends grâce à Dieu. Cela n’a pas été évident mais Alhamdoulilah. On va faire d’une pierre deux coups en profitant de cette occasion pour fêter l’anniversaire de ‘’Setsima Groupe’’. Depuis 15 ans, on n’a pas fêté l’anniversaire du groupe. La dernière fois qu’on l’a fait, c’était pour marquer les 10 ans du groupe. C’était à Sorano.

Au Sénégal, l’organisation de ce genre d’évènements rime avec recherche de gains. Est-ce le cas pour vous ?

Non, du tout ! Ce n’est pas le cas pour moi. Je n’ai jamais été comme ça. C’est vrai que c’est important mais je n’aimerais pas voir ce qui se passe dans certaines manifestations se faire dans la mienne. Je ne veux pas de cela. Je me dis que je suis un artiste professionnel. Je ne dis pas qu’il ne faut pas que les gens donnent de l’argent parce que c’est des cadeaux qu’ils font. Mais je dis que ce n’est pas le plus important pour moi. L’essentiel pour moi est de fêter mes 25 ans de carrière avec mon groupe et les gens qui m’ont toujours soutenu au Sénégal. Aujourd’hui, il est vrai que nous vivons une crise qui est mondiale, mais ce que je voudrais, c’est d’avoir un sponsor lors d’évènements de ce genre qui puisse acheter tous les tickets et les redistribuer. Ainsi, à mon tour, je verserais mes recettes à des associations œuvrant dans le social. Lesquelles aideraient des enfants malades. C’était cela mon objectif.

Etes-vous toujours dans cette démarche actuellement ?

Oui, même si ce n’est pas évident. Il y a des gens qui sont généreux et prêts à débourser pour nous soutenir. Ce n’est pas interdit. Mais sincèrement, si je reçois de l’argent, j’aimerais aider les gens qui en ont besoin. Je pense surtout aux enfants malades souffrant de cancer, d’insuffisance rénale ou de diabète.

Avez-vous un ou des sponsors pour le 14 janvier ?

Non, malheureusement il n’y en a pas beaucoup. C’est Prince Arts qui organise la soirée et je n’ai pas encore échangé avec eux sur le sujet. Mais je ne pense pas ou s’il y en a, c’est un ou deux. Et Dieu sait que les frais sont lourds. Rien que le Grand-théâtre coûte beaucoup. Faire la promotion de l’évènement nous revient également cher sans compter ce qu’on paie aux musiciens. Je prie pour que ça marche, que je puisse donner une partie des recettes aux enfants malades.

Que n’aimeriez-vous pas voir se passer le 14 janvier quand vous serez sur scène ?

Moi, j’aime faire du spectacle. Je mettrais peut-être dans un coin de la scène une caisse et si quelqu’un désire m’offrir quelque chose, il pourra le mettre là-bas et me laisser faire mon spectacle. J’aime bouger et faire plaisir à mon public. Je ne pense pas pouvoir rester sur la scène sans chanter pour recevoir de l’argent. Je ne veux pas non plus chanter pendant 45 minutes un seul titre. Je veux vraiment faire plaisir à ceux qui viendront me voir en leur chantant le plus de titres possibles. Je veux qu’on me laisse faire mon spectacle. Si quelqu’un veut me donner quelque chose, il n’a qu’à m’appeler le jour J avant la soirée pour le faire ou le mettre dans la caisse.

Du spectacle, vous nous en chantez. Qu’avez-vous prévu exactement ?

Il y aura beaucoup de surprises et d’invités. J’essaie de faire à ma manière. Quelqu’un m’a dit : ‘’Pourquoi veut-tu célébrer tes 25 ans de carrière en une date au Grand-théâtre ?’’ Je lui ai répondu que c’est parce que c’est comme ça. Il est convaincu que pour tout ce que j’ai fait dans la musique et au Sénégal, je devais organiser pendant une semaine chaque jour une soirée. Et si on me rend l’ascenseur, la salle devrait afficher pleine tous les soirs. Il est également convaincu que la salle sera pleine comme un œuf le 14 janvier. Je lui ai dit que c’est cela mon souhait. Car au Sénégal maintenant, les gens ne demandent pas après ce genre d’évènements si le spectacle était bien. Ils demandent plutôt si la salle était pleine. Les gens ont fait de cela un défi. Ils pensent que la salle doit être remplie coûte que coûte. C’est vrai que c’est important. Mais moi, je me contenterai du nombre qui viendra. Remplir la salle n’est pas mon défi.

Ne dites-vous pas cela parce que vous avez peur de ne pouvoir le faire ?

Non, ce n’est pas ça. J’ai eu la chance de remplir le stade Demba Diop. Mon problème n’est pas d’afficher plein. Mon souci est de faire en sorte que ceux qui viendront diront après que c’était bien et c’était plein. Je veux qu’ils disent d’abord que le spectacle était à la hauteur de leurs attentes. Je vais retracer toute la vie artistique d’Alioune Mbaye Nder en musique.

De vos débuts à ce jour, vous avez cheminé avec beaucoup d’artistes, seront-ils tous de la partie ?

S’ils sont disponibles oui. Je les ai contactés mais certains risquent d’être pris ce jour-là. D’autres ne sont pas au Sénégal. J’ai fait ce que je devais faire, c’est-à-dire aller vers eux et les inviter. Il y aura des spots qui seront bientôt diffusées à la télé avec pas mal de chanteurs qui disent ce qu’ils pensent de moi. Je ne dirai pas leurs noms pour l’instant. Je veux que cela soit une surprise pour les Sénégalais.

Quelle va être la part de Mamadou Konté, votre défunt producteur, dans cette célébration ?

Mamadou, je lui dois beaucoup. Il a eu à faire énormément de bonnes choses dans ma carrière. Je n’ai eu qu’un seul Cd international et Mamadou m’a permis de faire toutes les grandes scènes du monde, tous les grands festivals. J’ai partagé la scène avec des stars que j’ai toujours rêvé de rencontrer, de partager une scène ou un studio avec elles. Des gens comme Peter Gabriel, Sting, Salif Keita, Youssou Ndour, James Brown, Tracy Chapman, etc. Le Grand-théâtre ne peut-être un mythe pour moi. J’ai eu à jouer à Bercy avec Alpha Blondy. Je me suis produit à l’Olympia, au Zenith, Bataclan, Central Park à New-York, festival de jazz à Montréal, Québec, Ottawa, etc. Avec mon groupe, on a tout fait, macha Allah.

Ces moments vous manquent ?

Oui, cela me manque beaucoup. Je pense qu’avec ce qu’on est en train de préparer, on va reprendre ces tournées-là.

Vous étiez si bien parti. Qu’est-ce qui n’a pas marché et qui vous a fait retomber dans l’anonymat ?

J’ai perdu quelqu’un qui m’était très cher, Mamadou. Il est normal de trébucher après ce genre d’évènement. Aussi, la carrière d’un artiste est ainsi faite : il y a des hauts et des bas. Il ne faut pas avoir peur que ce soit comme ça. C’est normal. Mais il faut savoir reculer pour mieux sauter. C’est cela ma philosophie. Cela peut être dur par moments mais quand on croit en son talent, on ne doit pas baisser les bras. J’avais l’habitude de travailler avec des labels. C’est pour cela qu’après le décès de Mamadou Konté, j’étais un peu perdu. Quand j’ai signé avec Prince Arts, je suis revenu au-devant de la scène.

Comment appréciez-vous votre collaboration avec Prince Arts ?

C’est une collaboration sincère sous tendue par un respect mutuel. Mamadou Konté arrivait à faire des choses extraordinaires avec moi. Aujourd’hui, j’en attends plus de Prince Arts. Parce que je peux leur donner, musicalement, plus que j’avais donné à Mamadou Konté. Je fonde mon espoir en Prince Arts. J’ai du talent que le label peut vendre. Je sens une certaine évolution depuis que je travaille avec ce label.

Quels ont été les moments les plus pénibles de vos 25 ans de carrière ?

Je ne saurais le dire. Je rends grâce à Dieu parce qu’il y a des chanteurs qui avaient entamé leur carrière presque au même moment que moi. On ne les voit plus aujourd’hui. Moi au moins, j’essaie encore de résister. Il n’est pas évident de faire de la musique. Vous savez, rien que pour la sortie d’un album, on peut dépenser 30 millions de F CFA entre la conception et la promotion. Rien que les panneaux géants-là qu’on utilise pour les affiches, on paie dix millions pour un mois. Pour les spots publicitaires à la télévision, à la RTS par exemple, ils coûtent plus de 380 000 F pour 15 secondes de diffusion. Il faut en faire passer au moins 5 avant la sortie de l’album et 5 autres après. Aussi, on ne fera pas passer des spots qu’à la RTS. Il faut en faire autant dans les autres médias audiovisuels. Après, il faut sortir de l’argent pour les spots radios, les affiches murales, ce qu’on paie aux musiciens, etc. Personne ne peut faire cela tous les ans ou les 2 ans. Car dès qu’on sort un album, il est revendu à 500 F dans la rue par les pirates. Les gens l’achètent comme des petits pains. L’artiste n’y gagne rien.

N’est-il pas temps de changer le modèle économique vu que la vente ne marche plus ?

Oui, on y pense. Quand on sort un album qui est apprécié, on mise après sur les spectacles pour rentabiliser l’investissement. Vous savez, certains acceptent qu’on leur donne de l’argent comme vous disiez tout à l’heure parce que la vente ne marche plus. On n’arrive pas à vivre de notre métier. Personne ne vend plus correctement ses productions. On pense aussi au sponsoring après la sortie des albums. Mais ce n’est pas évident. Les sociétés investissent dans la lutte, c’est bien. Mais il faut aussi qu’elles pensent aux acteurs culturels. Au lieu de dépenser des millions dans un seul évènement, elles pourraient les mettre dans différentes manifestations. Un artiste qui organise une tournée nationale vendra votre produit dans différentes régions du Sénégal. Il faut soutenir les artistes.

Vous pensez que la politique culturelle menée va dans ce sens de soutien aux artistes ?

Non, je ne le crois pas. Il faut que le gouvernement ait une volonté d’établir une politique culturelle. Personne n’ose vendre du chanvre indien dans la rue. Pourtant, on vend des Cd piratés dans la rue sans être inquiété. Peut-être qu’avec l’arrivée de la Sodav, les choses changeront. Les musiciens sont fatigués. On attend de la Sodav qu’elles améliorent ce que le BSDA faisait de bien pour les artistes. Il n’est pas normal qu’on fasse des quêtes pour des artistes malades par exemple. Cela ne nous honore pas. Etre artiste est un métier noble. Aux Usa, avec un album qui marche, un artiste peut être riche à jamais. On me dira que c’est 52 Etats. Mais nous, nous sommes 14 millions de Sénégalais. Si seulement 5 millions d’entre nous achetaient des albums, les artistes s’en sortiraient mieux. Personne n’aurait pitié d’un d’entre nous. Parce qu’à ce rythme où vont les choses, certains ne pourraient même plus réparer leurs voitures en cas de panne. Cela m’est déjà arrivé, je sais de quoi je parle. Après, tu es obligé de te déplacer en taxi. Des Sénégalais t’y voient et ne trouvent rien d’autres à dire que de te pointer du doigt en disant : ‘’Regarde Alioune Mbaye Nder, maintenant, il se déplace en taxi’’. Ils oublient qu’eux ont pris des voitures de transport en commun urbain, ont payé 50 F et toi au moins, tu as payé 2000 F. Les gens aussi doivent soutenir les artistes. Des journalistes cherchent le buzz en cassant des musiciens. Cela tue le mythe construit autour de certains d’entre nous. Ce qui fait qu’on n’arrive plus à remplir des salles.

Dernièrement, le président de la République a pris un certain nombre de décisions en faveur du monde de la culture. Qu’en pensez-vous ?

Le Président est extraordinaire. Je le dis parce qu’il a fait quelque chose qui m’a ravi. Il a réalisé à Tivaouane, ma ville natale, des infrastructures que j’aurais pu y construire si j’en avais les moyens. Je l’en remercie en tant qu’artiste, natif de Tivaouane et talibé tidjane. D’ailleurs, je profite de l’occasion pour lui dire que je l’ai choisi comme parrain de ma soirée du 14 janvier.

Etes-vous prêt à battre campagne pour lui lors de la prochaine présidentielle ?

Ça, c’est autre chose. C’est de la politique. C’est ce que j’avais fait avec Abdoulaye Wade ; c’était grâce à Macky Sall, puisque c’est lui qui m’a amené voir le Président en ces temps-là. Macky Sall est mon grand frère et mon ami, donc je peux faire pour lui ce que j’avais fait pour Abdoulaye Wade. En 2019, je peux battre campagne pour Macky comme pour Wade.

Certains pensent que ce choix porté sur Wade a été le frein à l’évolution de votre carrière…

(Il coupe) Si c’était à refaire, je le referais. Parce que parmi ceux qui le disent, personne n’assure ma dépense quotidienne. Les gens ne font que parler. Et on ne sait jamais c’est qui. Ils ne te soutiennent pas et te jettent des pierres. Les paroles de l’hymne composé pour Wade ont tout leur sens jusqu’à ce jour. Je suis un griot. Je pouvais me contenter de chanter ses louanges. Mais je ne l’ai pas fait. J’ai fait le point sur ses réalisations à travers le pays. Si je recomposais cette chanson aujourd’hui, avec le même texte, les Sénégalais diraient que je dis la vérité. Alors que c’est le même texte mais les contextes sont différents. Il ne faut pas que les gens oublient qu’un Président peut appuyer un artiste. Ce dernier est un citoyen sénégalais. S’il a un projet viable, pourquoi ne l’appuierait-on pas. Je ne parle pas d’aide mais bien d’appui.

Vous aviez soumis un projet pour financement à Abdoulaye Wade. Comptez-vous refaire cela avec M. Sall ?

Bien sûr, j’ai même deux projets. Mais je préfère ne pas en parler. Parce que le premier projet, je l’avais présenté à un ancien maire. En pleine campagne électorale, il a présenté le même projet pour avoir des voix de plus. J’étais ébahi. Tout ce que je peux dire, c’est que je compte aussi présenter le même projet au Président Macky Sall. Il en connaît déjà les grandes lignes. Maintenant, je vais y adjoindre mon dernier projet qui est d’un coût global de 710 millions de F CFA.

EnQuête


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